Moustique / Retour à la bien aimée, un Dutronc jaloux et diabolique
Isabelle Huppert et Jacques Dutronc sont magnétiques dans Retour à la bien-aimée, faux polar et vrai miroir des âmes torturées.
Dès l’entame de son récit, le réalisateur Jean-François Adam (qui a fait ses classes chez Melville et Truffaut) évente tout suspense et révèle la machination: le projet de Julien, abandonné par sa femme, rendu fou de jalousie par un rival qui a pris sa place aux côtés de Jeanne, sa Jeanne, et son fils dans son ancienne maison. Prêt à tout pour les récupérer, Julien, aidé d’un complice dont il va se débarrasser, fomente un terrible complot pour récupérer son amour et faire accuser de meurtre l’homme qui a détruit sa vie… Auteur de deux films singuliers (M comme Mathieu et Le jeu du solitaire), qui soulevaient un même entrelacs de thématiques très personnelles (le drame amoureux, la maison, le passé, le souvenir), Jean-François Adam utilise ici le genre policier comme décor, soutenu par la musique lancinante d’Antoine Duhamel. Mais ce qui l’intéresse c’est avant tout l’analyse psychologique de ses personnages, décrypter l’implacable mécanisme de leur drame intérieur. ­Retenant la leçon de la Nouvelle Vague, il se refuse aux facilités de l’action, au profit de la contemplation qui touche à l’essence des êtres.
Retour à la bien-aimée a désarçonné le public à sa ­sortie, qui s’est soldée par un échec injuste. Injuste car le film a une vraie gueule d’atmosphère dans cette maison cossue où le tragique se joue, glissant petit à petit vers le fantastique. Et Dutronc, enserré dans la très belle photo de Pierre Lhomme, plus minéral et atone que jamais, est, lui aussi, fantastique. Glaçant dans ce jeu volontairement dépassionné qui paradoxalement imprime une force terrifiante à son amour fou. Triste et beau comme une symphonie de Mahler, ce film ­fragile (un an plus tard, Adam mettait fin à ses jours) aux allures troubles de peinture romantique mérite d’être largement réévalué.

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