Anna et ses filles, et jeunes fils tournent un film home-made de leur vie sous les bombes. (albatros film)
Anna et ses filles, et jeunes fils – seuls représentants subsistant de la gent masculine dans un monde sans hommes, ce monde de l’arrière-ligne – tournent un film home-made de leur vie sous les bombes, dans cette région en guerre larvée qu’ils n’ont pas fuie : le Donbass depuis 2014 (2014 en est le simple titre). La mise en scène, d’entrée de jeu, appartient à la mère. Et même si Vertov (extrait de l’Homme à la caméra faisant foi) est cité, le film d’Iryna Tsilyk est plus proche de l’esprit de Poudovkine et son adaptation de la Mère de Gorki. C’est bien Anna, la mère, qui même en retrait décide du film, comme elle préside au sort de sa progéniture (en ayant choisi de rester là, au péril de leur vie), gardant un œil sur ce making-of devenu l’œuvre première qu’est The Earth Is Blue as an Orange – elle est à l’interface du dispositif, du film qu’on a sous les yeux et du film dans le film, bien davantage que sa fille apprentie cinematographer et plus que Tsilyk elle-même. La mère est bleue et orange.
En 1h14, on suit ce film en train de se faire, claquemuré dans la maison familiale, au village, région de Donetsk. Maison dévastée par la guerre, à l’abandon – d’un monde qui semble l’avoir oubliée –, et simultanément intensément habitée, hantée par cette pensée, par cette frayeur de la guerre (voir la confession perturbée, brève et bouleversante, de la sœur aînée qui sans la guerre aurait été d’un caractère doux, plus intelligente, dit-elle avec le
© Libé 2022
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