C’est une évidence : les injonctions réglementaires liées au déploiement des zones à faibles émissions-mobilité (ZFE-m), dans un contexte d’urgence climatique, portent leurs fruits. Ainsi, les restrictions de circulation, en vigueur ou à venir, poussent les entreprises à verdir leurs trajets. Logiquement, les flottes suivent en se convertissant de plus en plus à l’électrique (voir l’encadré ci-dessous). Et des carburants traditionnels, elles migrent vers la recharge. Mais à quels prix ?
Au 1er janvier 2022, selon les données du SDES (Service des données et études statistiques), le parc automobile…
C’est une évidence : les injonctions réglementaires liées au déploiement des zones à faibles émissions-mobilité (ZFE-m), dans un contexte d’urgence climatique, portent leurs fruits. Ainsi, les restrictions de circulation, en vigueur ou à venir, poussent les entreprises à verdir leurs trajets. Logiquement, les flottes suivent en se convertissant de plus en plus à l’électrique (voir l’encadré ci-dessous). Et des carburants traditionnels, elles migrent vers la recharge. Mais à quels prix ?
Au 1er janvier 2022, selon les données du SDES (Service des données et études statistiques), le parc automobile français comptait 2 942 083 véhicules particuliers (VP) et 3 295 101 utilitaires légers (VUL) professionnels, dont 125 790 VP et 54 983 VUL électriques. Pour sa part, l’Arval Mobility Observatory rapporte une forte hausse du nombre d’immatriculations de VP et de VUL électriques par les entreprises, sur la période de janvier à octobre 2022 : + 22,61 %, avec 40 117 unités (VP et VUL) immatriculées depuis le début de l’année. Notons que le PHEV essence représentait, au 1er janvier 2022, 148 273 VP et 1 456 VUL. Depuis, 46 690 nouveaux PHEV ont été immatriculés entre janvier et octobre 2022, en recul de 12,45 % par rapport à la même période en 2021.
Une chose est sûre : se recharger sur son lieu de travail ou à domicile coûte toujours bien moins cher que sur une borne publique en voirie. « En recharge lente (moins de 22 kW), donc à domicile ou sur le site d’une entreprise, le tarif de la recharge pour parcourir 100 km s’élève à 2-3 euros TTC, détaille Clément Molizon, délégué général de l’Avere-France, l’association nationale pour le développement de la mobilité électrique. En voirie, sur une borne de recharge rapide (22 kW à 150 kW), le coût atteint les 6 euros TTC pour 100 km ; sur une borne ultra-rapide (plus de 150 kW et jusqu’à 350 kW), ce tarif monte à 12-15 euros TTC. »
De son côté, le fournisseur de bornes Qovoltis avance des estimations qui creusent encore plus l’écart entre recharge à domicile ou sur site et recharge en itinérance. En effet, dans un récent baromètre, Qovoltis a calculé un tarif de 19,75 euros pour une recharge de 25 kWh, nécessaire pour rouler 100 km sur autoroute, sur une borne de 250 kW en voirie. Sur une borne lente à domicile, cette même recharge devrait coûter près de sept fois moins, soit 3,31 euros en heures pleines et 2,65 euros en heures creuses, toujours d’après Qovoltis. Précisons que pour réaliser ses calculs, Qovoltis est parti de prix du kWh qu’il a fixés à l’avance, soit 0,79 euro/kWh sur une borne rapide (250 kW) en voirie, et 0,184 euro/kWh en heures pleines et 0,147 euro/kWh en heures creuses sur une borne installée à domicile.
Selon une récente étude de l’installateur de bornes ChargeGuru, la recharge d’un véhicule électrique sur une borne à domicile augmenterait de 21 % la consommation d’électricité d’un foyer. Soit, en moyenne, « 50 kWh de plus par semaine, précise l’installateur de bornes. Ce qui représente une hausse de 30 à 40 euros sur la facture mensuelle d’électricité », peut-on encore lire dans le rapport de cette enquête qui a porté sur 67 foyers équipés d’une borne. D’après ChargeGuru, cette recharge à la hauteur de 50 kWh se traduit par une autonomie de 300 km. Et en comparaison avec un plein « traditionnel » à la pompe, la recharge électrique resterait plus économique. Ainsi, toujours selon ChargeGuru : « Avec le prix du litre d’essence à 1,73 euro en France en moyenne au 1er septembre 2022, parcourir la même distance en véhicule essence coûterait 72,30 euros par mois. » Soit environ le double d’une recharge électrique équivalente.
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En réalité, ces prix au kWh sont loin d’être figés. En entreprise ou chez soi, ils dépendent du contrat d’électricité souscrit ; en voirie, ils dépendent des opérateurs et varient selon leurs barèmes tarifaires. Concrètement, c’est bien ce prix au kWh qui génère cette différence de tarifs. De fait, comme nous avons pu l’observer lors de la préparation de cet article, ce prix est généralement bien plus élevé sur les bornes de recharge en itinérance.
Rien d’étonnant donc à ce que les entreprises privilégient les recharges à domicile ou encore en entreprise où le prix du kWh reste proche des tarifs en vigueur dans les foyers. « 80 % de nos salariés rechargent à domicile ou sur site », confirme Benoît Duval, gestionnaire de la flotte de SAP Labs. Cet éditeur de logiciels compte dans son parc 270 véhicules légers et un camion, tous électriques.
Chez Enedis, le constat se fait presque identique. Si l’énergéticien n’installe pas de bornes au domicile de ses collaborateurs, il pratique une recharge de nuit sur site. Dans cette flotte de 18 000 véhicules, en majorité des VL, « 22 % des véhicules sont électriques et 26 % le seront d’ici la fin 2022 », indique Pierre de Firmas, directeur mobilité électrique d’Enedis. La recharge sur site coûte en moyenne 2 à 3 euros TTC pour parcourir 100 km, note ce responsable. Environ 5 000 bornes sont installées sur les sites d’Enedis, la majorité étant des bornes de 7 kW et les autres de 22 kW ou de 3,7 kW.
Sur les sites de SAP Labs, une centaine de points de charge ont été installés. Ils sont aussi ouverts au public et sont souvent utilisés par les chauffeurs de taxi et les salariés d’autres entreprises. « Nous avons déployé une vingtaine de points de charge dans notre site de Caen, une trentaine à Paris et une cinquantaine à Mougins (06) », énumère Benoît Duval. Cette recharge est gratuite pour les salariés et payante pour les personnes extérieures à l’entreprise, « à un prix fixe de 0,32 euro TTC/kWh en AC et 0,38 euro TTC/kWh en DC. Si la charge est finie et que la voiture reste sur place, nous faisons payer 5 euros l’heure de “parking“ afin d’éviter cette pratique », précise Benoît Duval.
Une centaine de points de charge ont aussi été installés chez les collaborateurs de SAP Labs. « Ces derniers paient alors en fonction de leur contrat avec leur fournisseur et nous les remboursons à un tarif fixe d’environ 0,19 euro/kWh », complète Benoît Duval. SAP Labs cherche aussi à épauler ses salariés face à l’inflation des prix de l’électricité par le biais d’un système d’aides prévu en 2023. Avec ce programme, les collaborateurs pourront installer des panneaux photovoltaïques à leur domicile (maison individuelle), pour alimenter leur borne. Par ailleurs, en entreprise, les sites de Mougins et de Caen sont équipés de panneaux solaires, mais pas celui de Paris, le bâtiment n’appartenant pas à SAP Labs mais à la maison-mère, SAP France.
À domicile et en entreprise, les prix de la recharge pour les collaborateurs sont donc régis par des termes contractuels qui dépendent directement du coût de l’électricité. Mais ces tarifs ne sont pas aussi limpides sur la route (voir l’encadré ci-dessous). Car une constellation de réseaux et d’opérateurs se partagent 75 279 points de charge ouverts au public, selon les chiffres de l’Avere-France au 31 octobre 2022, avec des tarifs très hétérogènes.
« Difficile de donner des tarifs exacts car ils varient d’un réseau à l’autre et avec le temps », valide Christelle Vives, directrice générale d’Izivia, la filiale d’EDF spécialisée dans la mobilité électrique. « Retenons qu’un conducteur qui recharge sur la route paie le prix appliqué par son opérateur de mobilité, soit celui qui lui fournit le badge d’accès. Ce prix comprend généralement le tarif du réseau sur lequel se trouve la borne, le coût de l’interopérabilité lorsque celui-ci s’applique (quelques dizaines de centimes) et une éventuelle marge de l’opérateur », décrit cette responsable.
À titre d’exemple, chez SAP Labs selon Benoît Duval, tous les salariés bénéficient du badge de recharge de SAP. Celui-ci leur permet de recharger sur les bornes des sites de l’entreprise, et sur celles de deux réseaux en itinérance : Proviridis et Wiiiz, avec un tarif préférentiel et confidentiel. Autre prix remisé dont peuvent bénéficier les collaborateurs de SAP Labs : celui des superchargeurs de Tesla. « Notre flotte se constitue à 50 % de Model 3 et Model Y. Pour les conducteurs d’une Tesla, la recharge sur ces superchargeurs (jusqu’à 250 kW) coûte moins cher. Mais les tarifs de Tesla dépendent des bornes et changent tout le temps », rappelle Benoît Duval.
Selon Olivier Dubois, directeur mobilité électrique d’EDF, la tarification des bornes en voirie suit un raisonnement cohérent : plus la puissance est faible, et plus le tarif devrait se rapprocher du tarif de l’électricité ; plus la puissance est élevée, et plus le prix de la recharge dépend des autres facteurs qui déterminent ce prix. Toujours d’après ce responsable, ces facteurs comprennent notamment l’investissement financier nécessaire pour mettre en place ces bornes avec le coût du matériel, des travaux de génie civil, du raccordement au réseau, etc. Or, pratiquement toutes les bornes en itinérance sont rapides ou ultra-rapides. Le choix du prix indiqué va donc le plus souvent revenir à l’opérateur.
Pour illustrer ce raisonnement, Olivier Dubois donne un exemple. Admettons qu’un opérateur a dû débourser seulement 5 000 euros TTC pour installer une borne. Cette somme restant relativement faible, il pourra obtenir un retour sur investissement (ROI) assez vite, et n’aura donc pas à pratiquer des tarifs élevés. En revanche, s’il a investi 100 000 euros TTC, l’opérateur doit décider de la durée sur laquelle il va amortir cette dépense, soit cinq ou dix ans. Cet opérateur devra aussi ajuster les tarifs en fonction de cette durée mais aussi du nombre de recharges par borne qu’il prévoit pour un emplacement donné. Des tarifs qui risquent donc, selon les cas, d’être élevés.
Sur son site internet, Tesla a listé un peu plus de cent stations de superchargeurs en France, et une trentaine devraient ouvrir prochainement. Confirmant les fluctuations des prix de la recharge en voirie, les tarifs de ce réseau présent sur tout le territoire ont évolué à maintes reprises ces dernières semaines si l’on croit différentes sources. Au fil des mois, le média en ligne Numerama, spécialiste de l’actualité informatique et numérique, a suivi l’évolution des prix des superchargeurs Tesla. Le 19 septembre 2022, le site d’information rapportait une augmentation. S’appuyant sur un e-mail officiel envoyé par Tesla à ses clients ce même jour, Numerama révélait que les coûts sur les superchargeurs étaient montés à 0,67 euro/kWh en moyenne (0,46 euro/kWh auparavant). Ces tarifs concernaient alors les conducteurs de voitures Tesla. Les conducteurs de voitures électriques « non-Tesla » devaient débourser encore plus : 0,79 euro/kWh. Des augmentations que le constructeur a imputées, selon son message officiel, à la hausse des prix de l’énergie.
Face aux plaintes des usagers, Tesla a ensuite introduit un système d’heures pleines-heures creuses, comme le constatait Numerama le 24 novembre, avant de proposer des prix cassés. Soit des tarifs réduits de 40 % et appliqués à partir du 23 novembre.
À l’heure où nous écrivons ces lignes, le 1er décembre 2022, nous apprenons, cette fois par le site internet Frandroid, que les prix des superchargeurs seraient repartis à la hausse le 30 novembre. Selon ce site, recharger sur un superchargeur coûterait en moyenne 0,44 à 0,48 euro/kWh, selon l’heure de la recharge, pour les conducteurs Tesla, et autour de 0,65 euro/kWh pour les « non-Tesla ». Précisons que tous les tarifs rapportés ici s’entendent hors abonnement.
Et Tesla n’est pas le seul à faire bouger les curseurs. Un autre opérateur de la recharge en itinérance, Allego, a lui aussi annoncé une hausse de ses tarifs. D’abord en septembre 2022, puis en octobre, facturant finalement 0,60 euro/kWh sur les bornes de 22 kW, 0,88 euro/kWh sur celles de 50 kW, et 0,98 euro/kWh au-delà de 50 kW, selon les barèmes affichés sur son site internet. Cet opérateur a fait son entrée en France en janvier 2022.
Sans oublier les réseaux d’envergure « régionale », à l’instar de Métropolis. Ce réseau de bornes de la Métropole du Grand Paris s’appuyait, début novembre 2022, sur 860 points de charge en Île-de-France hors Paris. Ses tarifs publics hors abonnement s’élevaient fin novembre 2022 à 0,44, 0,53 et 0,65 euro TTC/kWh, respectivement pour les bornes allant jusqu’à 3,7, 22 et 150 kW. Mais il s’agit là d’une nouvelle grille tarifaire. En consultant les archives internet de son site, nous remarquons que les prix ont augmenté par rapport à début 2022 : en février, Métropolis facturait 0,36, 0,45, 0,60 et 0,65 euro TTC/kWh, respectivement pour ses bornes allant jusqu’à 3,7, 22, 100 et 150 kW.
Néanmoins, d’autres opérateurs de la recharge en voirie semblent préférer la constance. Ainsi, le réseau de bornes rapides Ionity, avec 494 bornes en France, affiche des tarifs à 0,39 euro/kWh et 0,69 euro/kWh respectivement sur ses bornes de 50 kW et de 350 kW, comme nous avons pu le constater sur sa page de paiement en ligne. Selon le média en ligne Numerama, ces tarifs seraient restés inchangés depuis mai 2022.
C’est le cas aussi du français Electra qui a annoncé, en octobre 2022, sa décision de ne pas augmenter ses prix cette année, affichant donc toujours 0,44 euro TTC/kWh sur ses bornes qui alignent jusqu’à 300 kW de puissance de charge. Selon la carte de géolocalisation disponible sur son site, Electra possède une dizaine de stations de recharge dans l’Hexagone.
Pour sa part, le réseau de recharge rapide (jusqu’à 150 kW) Izivia Express, qui comptait une quarantaine de points de charge fin octobre 2022, n’a pas non plus augmenté ses tarifs et continue de facturer 0,45-0,55 euro TTC/kWh. Notons que ce service est tout récent – son déploiement a démarré au deuxième trimestre 2022. Et des opérateurs, comme Métropolis et Electra, commercialisent également des offres à destination des flottes.
La hausse du prix de l’électricité devrait-elle inquiéter les entreprises qui adoptent les électrons ? Rappelons ici que la recharge sur site et à domicile reste à privilégier, le prix du kWh demeurant toujours moins cher. Ajoutons à cela le bouclier tarifaire brandi par le gouvernement.
« Avec ce bouclier tarifaire pour les clients particuliers, le tarif réglementé de l’électricité devrait augmenter de 15 % en février 2023, ce qui représenterait une hausse raisonnable par rapport aux autres énergies », observe Olivier Dubois, directeur mobilité électrique d’EDF. En effet, le tarif exact d’une recharge à domicile dépend « du contrat d’électricité souscrit par le collaborateur. En tant que particulier, ce collaborateur bénéficie du bouclier tarifaire et se recharge donc toujours moins cher qu’ailleurs », ajoute Christelle Vives pour Izivia. À retenir.
Pour mieux maîtriser les coûts de la recharge, SAP Labs, en collaboration avec Enedis, a déployé sa solution maison pour notamment superviser les points de charge et ainsi adapter de manière intelligente la puissance de charge selon l’appel de tension sur le réseau. Cette solution est proposée également à la clientèle de l’éditeur de logiciels. Et elle n’est pas la seule, puisque les acteurs du marché mettent de plus en plus l’accent sur le pilotage de la puissance de la charge. En octobre 2022, Izivia annonçait ainsi l’intégration du signal Ecowatt de RTE dans sa solution de pilotage pour les bornes en entreprise. Ce signal alerte sur les périodes de tension du système électrique en France.
Quant à la recharge en itinérance, « certains réseaux de charge et opérateurs de bornes pourraient augmenter leurs tarifs de 20 à 50 % dans les prochains mois, en réponse à l’inflation et à la hausse du prix de l’électricité, pour les bornes rapides et ultra-rapides ouvertes au public », note pour sa part Clément Molizon pour l’Avere-France. Affaire à suivre.
Consultez nos fiches pratiques rédigées par des experts de la gestion de flottes
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